La Haute Autorité de santé (HAS) a été saisie par le ministère chargé de la santé afin d’évaluer la pertinence de la mise en place d’une obligation vaccinale contre la grippe saisonnière. Voici l’avis rendu par le CNPI, lors de la consultation publique de juin 2026 sur son projet de recommandation vaccinale intitulé « Grippe saisonnière : évaluation de la pertinence d’une obligation vaccinale ».
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3996065/fr/grippe-saisonniere-evaluation-de-la-pertinence-d-une-obligation-vaccinale-consultation-publique#xtor=CS1-6
Le CNPI prend acte de l’évolution de la position de la Commission Technique des Vaccinations de la HAS, qui propose désormais une obligation vaccinale antigrippale annuelle pour les professionnels exerçant ou intervenant en EHPAD.
La grippe saisonnière demeure un enjeu majeur de santé publique. Les résidents d’EHPAD cumulent les facteurs de vulnérabilité : âge avancé, polypathologies, dépendance et vie en collectivité. Or la couverture vaccinale des professionnels reste particulièrement faible (20 % dans les établissements de santé et de 24,2 % en EHPAD, alors même que plus de 82 % des résidents étaient vaccinés).
Le CNPI constate également que les mesures exclusivement fondées sur l’information et l’incitation n’ont pas permis d’atteindre les objectifs fixés depuis de nombreuses années. La couverture vaccinale des professionnels demeure très éloignée du seuil de 70 % retenu dans les stratégies nationales de prévention.
Parallèlement, les expériences internationales montrent que les dispositifs obligatoires ou quasi obligatoires permettent d’obtenir des couvertures vaccinales supérieures à 80 %, niveaux jamais atteints par les seules mesures incitatives.
Le CNPI est conscient des limites méthodologiques des études portant sur l’impact de la vaccination des soignants sur les infections associées aux soins. Toutefois, l’absence de preuve parfaite ne saurait être interprétée comme une absence de bénéfice. Les données disponibles convergent vers une réduction du risque pour les personnes les plus vulnérables lorsque la couverture vaccinale des équipes progresse.
Les études analysées montrent que la vaccination antigrippale permet de réduire de 60 % l’incidence de la maladie chez les professionnels de santé et de diminuer de 38 % les absences liées à la grippe. Dans un contexte de tensions persistantes sur les effectifs, cet élément doit être pleinement pris en compte.
Pour le CNPI, la vaccination des soignants s’inscrit dans une démarche globale de qualité et de sécurité des soins. Elle complète les autres mesures de prévention, sans s’y substituer : hygiène des mains, ventilation des locaux, port du masque et respect des précautions adaptées.
Les infirmières exercent par ailleurs un rôle majeur en matière de prévention, d’éducation à la santé et d’accompagnement des décisions de vaccination. La confiance accordée par les patients aux soignants constitue un levier essentiel de santé publique. Cette confiance repose notamment sur la cohérence entre les recommandations délivrées et les pratiques professionnelles.
Le CNPI considère que la proposition de la CTV visant à instaurer une obligation vaccinale antigrippale annuelle seulement pour les professionnels exerçant ou intervenant auprès des résidents d’EHPAD manque d’ambition. Le CNPI est favorable à la mise en place d’une obligation de vaccination à l’ensemble des soignants contre la grippe saisonnière. La vaccination des soignants relève d’une démarche globale de qualité, de sécurité des soins et de responsabilité professionnelle. Elle protège les patients, les équipes, et participe aussi à la continuité des soins en période épidémique.
Cette mesure doit s’accompagner d’un accès simple et gratuit à la vaccination, d’une organisation adaptée aux contraintes des équipes, d’un suivi des couvertures vaccinales et d’une politique d’information et de formation continue.
Au regard des données disponibles, le CNPI considère que la protection des personnes les plus vulnérables, la continuité des soins et les exigences de qualité et de sécurité des prises en charge justifient aujourd’hui cette évolution de la stratégie vaccinale.

