Former les infirmières pour la santé de demain n’est plus seulement une question académique. C’est un enjeu stratégique pour la sécurité des patients, la transformation des systèmes de santé et l’avenir de la profession infirmière.

Le CNPI est représenté par sa Vice-présidente Saphia GUERESCHI les 5 et 6 mars 2026, à la conférence européenne FINE Europe qui se tient à l’Université de Parme. L’événement rassemble enseignants, chercheurs, responsables institutionnels et cliniciens venus de toute l’Europe pour réfléchir à l’évolution de la formation infirmière et à ses impacts sur la qualité des soins.

Dans un contexte marqué par les tensions sur les systèmes de santé, le vieillissement de la population et la transformation des métiers, la formation apparaît comme un levier déterminant pour préparer les infirmières aux défis du XXIᵉ siècle.

Une discipline scientifique en construction

Les débats ouverts à Parme témoignent d’une dynamique européenne de consolidation des sciences infirmières comme discipline académique.

Les interventions scientifiques abordent des thèmes structurants : identité professionnelle des étudiants, raisonnement clinique, pédagogies innovantes, leadership, santé numérique ou encore développement de la recherche en soins infirmiers.

La conseillère de l’Organisation mondiale de la santé pour les politiques infirmières et de sages-femmes en Europe, Margrieta Langins, rappelle le rôle central des infirmières dans la couverture sanitaire universelle et l’organisation des systèmes de soins.

La professeure Rosaria Alvaro, figure majeure des sciences infirmières italiennes, met en lumière les liens entre recherche, organisation des soins et qualité de vie des patients atteints de maladies chroniques.

Le second jour, Julia To Dutka aborde les enjeux mondiaux de développement de la main-d’œuvre en santé et la mobilité internationale des infirmières.

Ces perspectives convergent vers un constat partagé : la formation infirmière doit évoluer pour intégrer pleinement les connaissances scientifiques propres à la discipline.

L’Europe comme laboratoire pédagogique

La richesse de la conférence tient aussi à la diversité des travaux présentés.

Plus de 140 communications scientifiques et posters abordent des sujets variés : simulation clinique, mentorat, leadership étudiant, intelligence artificielle en pédagogie, santé environnementale ou encore compétences relationnelles. Cette pluralité illustre une mutation profonde des approches pédagogiques.

La formation infirmière ne se limite plus à l’apprentissage technique. Elle intègre désormais le raisonnement clinique, les compétences relationnelles, la coopération interprofessionnelle et l’analyse critique des données scientifiques.

Certaines communications interrogent également la place des sciences infirmières dans l’université et la gouvernance académique de la formation. Ces réflexions rejoignent les débats engagés dans plusieurs pays européens autour de l’universitarisation complète de la formation.

Un enjeu stratégique pour la sécurité des soins

Derrière les débats pédagogiques se profile une question essentielle : la sécurité des patients. Former mieux, c’est aussi prévenir les erreurs, améliorer la coordination des soins et renforcer la capacité des soignants à répondre à des situations complexes.

Plusieurs travaux présentés à Parme abordent directement ces enjeux : prévention des chutes, sécurité clinique, développement du jugement clinique ou intégration de l’intelligence artificielle dans l’apprentissage.

La formation devient ainsi un véritable outil de politique de santé. Dans de nombreux pays, les réformes éducatives s’inscrivent désormais dans une stratégie globale de renforcement des systèmes de soins.

La place de la France dans la dynamique européenne

Pour la France, ces échanges européens prennent une résonance particulière. La réforme récente de la profession infirmière et les transformations en cours de la formation interrogent la place des savoirs disciplinaires, du raisonnement clinique et de la recherche dans les programmes.

Les expériences présentées lors de la conférence illustrent les multiples voies possibles pour renforcer la formation : mentorat clinique, simulation, pédagogies réflexives, développement de la recherche. Autant d’éléments qui peuvent nourrir les évolutions françaises.

Construire l’avenir de la profession infirmière

La conférence de Parme rappelle une évidence : les transformations du système de santé passent par la formation. Former des infirmières capables d’analyser, de coordonner, de prévenir et d’innover est une condition indispensable pour répondre aux défis sanitaires contemporains.

Au-delà des échanges scientifiques, l’événement souligne la nécessité de renforcer la coopération européenne en matière de formation et de recherche.

Car l’avenir de la profession infirmière ne se joue pas seulement dans les hôpitaux ou les universités. Il se construit dans le dialogue entre disciplines, entre pays et entre générations de soignants.

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